« Retour au blog de sakhaline

Songe V

Songe V
J'écoutais tout en marchant, les souvenirs de mon enfance qui se réveillaient en moi avec la puissance du soleil. Chaque jour, je ressentais un terrible poids derrière la tête car trouver le repos durant une nuit entière était pour moi impossible, sans cesse des rêves horribles venaient perturber mon sommeil. La journée, ma pensée se fixait constamment sur des idées étranges, morbides et obsédantes. Je ne pourrais donc jamais trouver le sommeil ! Quand pouvais-je me reposer ? Heureusement la nature compensait ce manque, elle me rendait le visage bronzé, elle faisait luire mes yeux et leurs donnaient une couleur d'un verre de Curaçao trop chargé. Je ne demandais pas mieux et laissais bercer mon corps sur les vagues de la nature qui me redonnait la force de croire en des sentiments les plus purs.
C'est à cette période, que je me suis aperçu de la différence entre moi et les autres enfants, eux, n'avaient pas besoin du secours de la nature et ne pouvaient donc pas l'aimer, pourtant leurs visages semblaient respirer la gaieté. Leur Créateur n'avait pas manqué de leur donner la prière enfantine, mais prisonniers du conformisme parental, ils ne pouvaient voir cette bénédiction. Le jour de cette découverte, je me senti plus heureux que d'habitude, je respirais mieux l'air parfumé de la campagne, ma poitrine s'ouvrait à de nouvelles choses. Je pensais alors à ces enfants de contrées lointaines, mes semblables qui ne possédaient ni famille ni d'ami, nuit et jour escortés par l'ennui mélancolique. Je n'étais donc pas si triste et irrité que çà, pour moi il me paraissait désormais normal de rechercher les solitudes de la nature et je me disais que demander une explication à leur tristesse n'amènerait aucune réponse.
Nature, je voudrais t'aimer plus que tout mais mes bras sont bien trop petits et ta puissance bien trop colossale m'inspire une crainte terrible, tu sais détruire et créer, malheureusement mes simples idées et désirs ne te seront jamais utiles.
Même si je préférais me nourrir de la nature, quelques une de ses vagues écumeuses ont entraîné ma conscience sur des écueils coupants. Ces vagues révélèrent en moi la totalité de ma personnalité, prudente et marquée d'une ineffaçable empreinte. La relation avec mon « moi » devenait plus intime et ma bouche toujours prête à souffler de belles paroles exigeait de manière puissante et incontrôlable la lumière du crépuscule, brûlante de bonté.
La plupart des hommes ne vivent qu'en imitant c'est pourquoi leurs défauts viennent que trop rarement à leur l'esprit, ils ne font que reproduire l'autre inconsciemment : tel père, tel fils. Tout ceci est bien personnel et la base de ce raisonnement n'est autre qu'une pensée d'enfant, néanmoins je m'en sers pour montrer la colère qui couve en moi, même si je pense qu'il vaut mieux la cacher, surtout devant toi. Oui, c'est sans doute toi qui a créé mon monde et tout ce qui l'enferme, tu as été parfait. Que les nuits chantent des mélodies éternelles, que les étoiles t'appartiennent et surtout, ne vous étonnez pas si je me mets à changer.
# Posté le vendredi 10 novembre 2006 08:15

« Article précédent : Songe IV

Article suivant : Songe VI »