De retour dans la cité, les boutiques s'ouvraient sur la rue et étalaient leurs richesses aux yeux émerveillés des passants. Les vases en céramiques, les lampes à pétrole, les coquillages peints répandaient à travers le soleil des gerbes de lumières éblouissantes. L'Horloge de La Gloriette indiquait dix heures du matin et aucun signe de sommeil ne se pointait sous ses aiguilles. A peine les dix coups de cloche sonnée, la rue se mit à trembler de tout son long. Les promeneurs inquiets s'enfermèrent dans leurs maisons. Un vieux monsieur s'évanoui a même le sol, personne ne prit gare à lui trop soucieux de l'actuel tremblement. Les portes et les volets se fermèrent, tous les habitants se mirent à l'abri dans leurs chaumières aux murs clairs. On aurait cru qu'une pandémie approchait à grands pas. Alors que tous les autochtones s'apprêtaient à passer une journée tranquille, la ville se retrouva subitement glacée, immobile.
Bientôt la nouvelle de l'étrange phénomène se propagea dans toutes les couches de la population. Où sont passés ces fameuses reliques et les reflets des bijoux sur les vitrines? Et les femmes de petite vertu où sont elles ? Plus rien, que solitude et chaleur. Un albatros volant dans une direction inconnue passa en criant « une catastrophe se prépare ! » Or ma plume qui est celle d'un faucon, peut vous affirmer que si vous regardez attentivement, vous allez voir au coin de la rue Velázquez, un homme marcher, paisiblement. Le voilà qui se dirige vers le grand boulevard, sa silhouette légère danse sur le pavé difforme, d'ici on dirait un jeune garçon n'est-ce pas ? Et bien figurez vous, plus il va s'approcher plus il va prendre des années, si je vous le jure je l'ai déjà vu ! La somme des jours s'ajoute au fur et à mesure que les pavés passent. Le voilà, que vous avez-je dis ? C'est un vieillard, il a soixante quatorze ans et six mois, je le vois sur les lignes de son front. Il est beau comme la crinière de Shiva ; ou peut être comme l'incertitude du mulot repéré par le rapace ; ou plutôt comme la rencontre d'une faux avec une cigarette à moitié fumé !
Cet homme est Anton, fils d'émigrés russes se promenant indifférent à la panique générale, une seule chose lui importait ; être à midi chez lui afin de contempler la rencontre de la mer et du soleil. Pourquoi ne faisait il pas attention à ce qui se passait ? Pourquoi cette sérénité ? Cette quiétude en ce jour était pour le moins peu commune. Certains disaient qu'il vivait heureux. En ce qui me concerne je pense qu'il l'est toujours, où qu'il soit. En effet de quel droit n'avait il pas peur ? Sa démarche était indécise mais son esprit et son émotion demeuraient parfaitement intacts. Il connaissait sans doute les clés de l'énigme il avait dû le trouver sur le pavés. Pourquoi n'arrivons nous pas à être comme lui, sans remords, sans faiblesses, heureux... Il prit place à une table sur une terrasse désertée, où brillaient une bouteille de vin rouge, et un plateau gravé d'un Caducée. Tout en buvant il contemplait les lunes endormies. Pourquoi ne fuyait il pas ? Il devait trouver cela trop facile. Ou peut être dormait il dans le trou noir de la réalité, sous une chaude couverture d'ignorance... nul le sait. Une fois la bouteille terminée, il se leva et partit en direction du belvédère, en chemin il s'arrêta devant un haut portail en bois, le fixa longuement, cracha au beau milieu puis reprit sa route... c'est bien parce que vous me le demandez gentiment que j'arrête ici ce paragraphe ; savez-vous que si vous êtes seul en ce moment précis un indescriptible frisson parcours l'ensemble de mon corps ?
Bientôt la nouvelle de l'étrange phénomène se propagea dans toutes les couches de la population. Où sont passés ces fameuses reliques et les reflets des bijoux sur les vitrines? Et les femmes de petite vertu où sont elles ? Plus rien, que solitude et chaleur. Un albatros volant dans une direction inconnue passa en criant « une catastrophe se prépare ! » Or ma plume qui est celle d'un faucon, peut vous affirmer que si vous regardez attentivement, vous allez voir au coin de la rue Velázquez, un homme marcher, paisiblement. Le voilà qui se dirige vers le grand boulevard, sa silhouette légère danse sur le pavé difforme, d'ici on dirait un jeune garçon n'est-ce pas ? Et bien figurez vous, plus il va s'approcher plus il va prendre des années, si je vous le jure je l'ai déjà vu ! La somme des jours s'ajoute au fur et à mesure que les pavés passent. Le voilà, que vous avez-je dis ? C'est un vieillard, il a soixante quatorze ans et six mois, je le vois sur les lignes de son front. Il est beau comme la crinière de Shiva ; ou peut être comme l'incertitude du mulot repéré par le rapace ; ou plutôt comme la rencontre d'une faux avec une cigarette à moitié fumé !
Cet homme est Anton, fils d'émigrés russes se promenant indifférent à la panique générale, une seule chose lui importait ; être à midi chez lui afin de contempler la rencontre de la mer et du soleil. Pourquoi ne faisait il pas attention à ce qui se passait ? Pourquoi cette sérénité ? Cette quiétude en ce jour était pour le moins peu commune. Certains disaient qu'il vivait heureux. En ce qui me concerne je pense qu'il l'est toujours, où qu'il soit. En effet de quel droit n'avait il pas peur ? Sa démarche était indécise mais son esprit et son émotion demeuraient parfaitement intacts. Il connaissait sans doute les clés de l'énigme il avait dû le trouver sur le pavés. Pourquoi n'arrivons nous pas à être comme lui, sans remords, sans faiblesses, heureux... Il prit place à une table sur une terrasse désertée, où brillaient une bouteille de vin rouge, et un plateau gravé d'un Caducée. Tout en buvant il contemplait les lunes endormies. Pourquoi ne fuyait il pas ? Il devait trouver cela trop facile. Ou peut être dormait il dans le trou noir de la réalité, sous une chaude couverture d'ignorance... nul le sait. Une fois la bouteille terminée, il se leva et partit en direction du belvédère, en chemin il s'arrêta devant un haut portail en bois, le fixa longuement, cracha au beau milieu puis reprit sa route... c'est bien parce que vous me le demandez gentiment que j'arrête ici ce paragraphe ; savez-vous que si vous êtes seul en ce moment précis un indescriptible frisson parcours l'ensemble de mon corps ?
